Anticiper, s’adapter, investir : comment les crises peuvent devenir des leviers de transformation
Dans le cadre de l’Université d’Été des Entrepreneurs Oise, une table ronde a été consacrée à un enjeu particulièrement concret pour les dirigeants : comment transformer les crises et les périodes d’incertitude en opportunités pour son entreprise ?
À travers notamment le témoignage de Pierre Lazarevic, dirigeant de Kit Signalétic, les échanges ont montré qu’une crise peut conduire à remettre en question son modèle, à revoir ses priorités et à engager des transformations qui renforcent durablement l’entreprise.
Loin d’être uniquement une contrainte, elle peut ainsi devenir un accélérateur de décisions et d’investissements.
Les problématiques soulevées
Ne pas construire son entreprise à trois mois : face aux crises, la tentation peut être de privilégier les résultats immédiats. Pourtant, certains choix structurants nécessitent de penser sur plusieurs années. En 2010, après la crise des subprimes, Kit Signalétic a ainsi engagé un plan de redressement construit sur dix ans.
Anticiper plutôt que subir : la souveraineté et la résilience ne se construisent pas lorsque la crise survient. Elles reposent sur des décisions prises en amont : entretenir ses équipements, développer ses compétences, maîtriser ses approvisionnements et conserver une capacité d’adaptation.
Maîtriser sa chaîne de valeur : produire en interne permet de conserver la maîtrise de la qualité, des délais et du savoir-faire. Cette autonomie peut également permettre de réagir plus rapidement lorsqu’une situation inattendue survient.
Faire de la crise un révélateur des évolutions du marché : les crises peuvent accélérer des changements déjà à l’œuvre. L’évolution des attentes des clients impose ainsi aux entreprises de se remettre régulièrement en question et d’adapter leur offre.
Ne pas céder à la recherche de rentabilité immédiate : certains investissements stratégiques ne produisent leurs effets qu’à moyen ou long terme. Préserver la qualité, le savoir-faire ou la maîtrise d’une production peut nécessiter d’accepter un retour sur investissement plus tardif.
Préserver les savoir-faire : dans une entreprise artisanale et industrielle, la compétence ne se résume pas à des procédures. La maîtrise du geste, la précision et l’expérience acquise au fil des années constituent également des ressources stratégiques à préserver.
Des pistes d’action
- Anticiper les risques et identifier les points de fragilité de son entreprise avant qu’une crise ne survienne.
- Construire une stratégie de long terme, même lorsque les contraintes du quotidien imposent des décisions rapides.
- Investir dans des équipements et technologies performants pour renforcer sa capacité de production et sa différenciation.
- Maîtriser les étapes stratégiques de sa chaîne de valeur afin de conserver davantage de contrôle sur son activité.
- Développer la flexibilité de l’entreprise pour pouvoir adapter rapidement sa production lorsque la demande évolue.
- Ne pas faire du prix le seul critère de différenciation : qualité, conception, savoir-faire et capacité d’adaptation peuvent permettre de se positionner sur d’autres marchés.
- S’appuyer sur ses collaborateurs, en leur accordant de l’autonomie et en valorisant leurs compétences.
- Entretenir et transmettre les savoir-faire qui constituent une véritable richesse pour l’entreprise.
- Être capable de faire évoluer son portefeuille clients lorsque certaines demandes ne correspondent plus au positionnement ou aux ambitions de l’entreprise.
- Transformer les contraintes en occasions d’expérimenter, comme l’a montré Kit Signalétic pendant la crise sanitaire en adaptant temporairement sa production pour fabriquer des visières de protection.
Des crises qui peuvent accélérer les transformations
L’exemple de Kit Signalétic illustre concrètement cette capacité à rebondir. Après les difficultés rencontrées en 2010, l’entreprise a fait le choix d’un plan de transformation sur dix ans et de réinvestir dans des machines plus performantes.
L’objectif était clair : se différencier de la concurrence en misant sur la conception, la qualité et la maîtrise de la production, plutôt que de se positionner uniquement sur les prix.
Quelques années plus tard, l’entreprise dispose d’une équipe stable, d’équipements performants et d’un savoir-faire renforcé. La crise a ainsi constitué un point de départ pour repenser durablement son modèle.
La crise sanitaire a également démontré l’intérêt de conserver une capacité d’adaptation. En disposant de ses propres moyens de production, l’entreprise a pu répondre à une demande exceptionnelle en fabriquant des visières de protection, alors même qu’il ne s’agissait pas de son cœur de métier.
Conclusion
Cette table ronde a rappelé qu’une crise ne constitue pas uniquement une période à traverser : elle peut également être un moment de remise en question, de transformation et d’investissement.
Pour les dirigeants, l’enjeu consiste à conserver suffisamment de recul pour identifier, derrière une difficulté immédiate, les évolutions qui peuvent permettre à l’entreprise de se renforcer : nouveaux marchés, nouveaux besoins clients, nouveaux investissements ou nouvelles façons de produire.
La souveraineté économique se construit donc aussi dans la capacité à rester maître de ses choix, à anticiper et à transformer les crises en opportunités de développement.
